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les juifs de Salonique
Les juifs d'Alexandrie arrivèrent à Salonique en 140 avant Jesus Christ. Après la chute de l'empire romain, Salonique devint avec Constantinople, la ville la plus importante de l'empire byzantin. Les empereurs byzantins , soucieux de christianiser les populations ,se montrèrent hostiles envers eux. Les juifs faisaient alors le commerce de la soie. Les plus vieilles synagogues , Etz ha hayim et Etz ha da'at, datent de la période byzantine .
Pendant la deuxième moitié du 14ème siècle, Salonique attira les juifs de partout : les premiers immigrants arrivèrent de Hongrie en 1376. En 1430, Salonique fut occupée par les turcs. Des vagues d'immigrants juifs commencèrent à arriver. En 1470 des juifs bavarois formèrent la comunauté Ashkenaze. Pendant les 15 et 16ème siècles ce fut le tour des exilés d'Espagne, Portugual, Italie, Sicile, France et Afrique du Nord. Ils fondèrent des synagogues séparées. Les maranes arrivèrent du Portugual. En 1514, les rabbins de Salonique publièrent une Haskamah concernant les maranes considérés comme juifs pour les mariages et les divorces. En 1553 il y avait 20 000 juifs ; tous gardaient des contacts avec les coreligionnaires de leur pays d'origine, ce qui facilitait le commerce. L'organisation de la vie juive y était unique : il y avait 30 congrégations indépendantes qui s'associaient en un organisme qui prenait soin des intérêts communs. Les takanot publiées par cette organisme étaient acceptées par tous. Les chefs de chaque communauté étaient appelés Parnassim, Memunim, Nivrarim et Anshei Maamad et étaient élus par tous les membres de chaque congrégation.
Au cours du 16ème siècle, vécurent des rabbins très importants dont l'influence s'étendit au-delà des frontières de Salonique et de l'empire Ottoman. Isaac Adarbi, auteur de" Divrei Rivot ve Divrei shalom", Moses Almosnino et Samuel Di Medina (Rashdam). Salonique était aussi réputée comme centre de la Kabbale. En plus des écoles rabbiniques, il y avait un bet midrash pour les études laïques où l'on enseignait médecine, sciences naturelles, astronomie... Au début du 17ème siècle, il y eut des épidémies et des incendies ; on pouvait compter 30 000 juifs, soit la moitié de la population. La fameuse autorité Halahique, Rabbi Haim Shabbetai (mort en 1647 ) auteur de " Torat Ha Hayim", vécut dans la ville, ainsis que Aaron Cohen Perachyah et David Conforte.
L'événement le plus important fut l'apparition du pseudo-messie Shabbatai Tzvi en 1657. D'abord chaudement reçu par la communauté, puis rejeté quand il se prétendit véritable messie. Il se convertit à l'Islam et en 1683, 13 ans après sa mort, quelque 300 familles se convertirent aussi à l'Islam; cette secte fut appelée les Doenmeh( en turc les apostats). En 1680, les 30 congrégations fusionnèrent en une seule Communauté, avec un Conseil composé de 3 rabbins et de 7 dignitaires. Une autre étape importante fut la réorganisation des tribunaux rabbiniques en 3 corps. Les Batei Din étaient si célèbres pour leur sens de la justice et leur intégrité que de nombreux musulmans et grecs préféraient régler leurs litiges auprès de ces tribunaux plutôt que par le biais de la justice turque.
Dans les années 1720-30, des maranes portugais appelés francos arrivèrent: bien élevés, instruits, marchands et banquiers . vers la fin du 19° siècle, la culture européenne et sa technologie atteignirent l'île; en 1873, l'Alliance Israélite universelle fonda son Ecole, puis d'autres écoles en accord avec les standards occidentaux . En 1886 création de la Banque de Salonique. La "Hevrat Kadimah" pour l'enseignement de l'hébreu fut fondée en 1899 et Isaac Epstein y vint pour enseigner cette langue. En 1887, Le Triumvirat rabbinique fut dissous et Jacob Kovo nommé au poste de Hacham Rachi( grand rabbin). En 1900 il y avait 80 000 juifs sur une population de 173 000 âmes dans l'île. En 1908, quand se levèrent les jeunes Turcs contre le Sultan, beaucoup de juifs se joignirent à lui, mais beaucoup aussi émigrèrent vers les USA. Les premières organisations sionistes apparurent : Agudat bnei tzion et Maccabee. Ce fut une période dorée pour les juifs qui étaient présents dans tous les corps de métiers.
Quand l'armée grecque entra dans la ville, le roi George ( 1912) déclara que les juifs avaient les mêmes droits que la populatin grecque. En 1917 un immense incendie détruisit pratiquement toute la ville, laissant 50 000 juifs sans foyer. En 1922, une loi fut promulguée qui forçaient tous les habitants à ne pas travailler le dimanche, ce qui entraîna un mouvement d"'émigration des juifs , entre autres, vers la Palestine ou Paris où ils fondèrent une importante communauté. En 1935, il y avait 60 000 juifs et à la veille de la seconde guerre mondiale: 55 250 juifs
Les Allemands entrèrent à Salonique le 9 avril 1941. Deux jours plus tard, le Messagero, dernier quotidien en judéo-espagnol était supprimé ; tous les juifs durent se défaire de leur radio ; les Allemands les dispensèrent de STO( travail forcé) contre la somme de 2, 5 milliards de drachmes. Les mois suivants, il y eut de plus en plus d'expropriations, de saisies de commerces juifs.
En décembre 42, l'ancien cimetière, comprenant 500 000 tombes et datant du 15° siècle fut exproprié et devint une carrière. Bibliothèques et synagogues furent pillées, leurs trésors saisis, empaquetés et envoyés à Francfort où une Bibliothèque de Recherche Juive avait été créée à des fins antisémites. En 43, une commission conduite par Dieter Wisliceny et le tristement célèbre Alois Brunner ( probablement réfugié en Syrie et recherché par Klarsfeld) arriva à Salonique pour y promouvoir les lois raciales. 2 jours après, tous les juifs durent portés un insigne jaune distinctif, et leurs commerces furent aussi marqués. Aucun juif n'avait le droit de se trouver dehors après la tombée de la nuit ; interdiction d'utiliser le téléphone, de prendre le tram... Les juifs furent isolés dans des ghettos. Le matin du 14 mars 43, les Juifs reçurent l'ordre de se réunir dans la synagogue locale, où ils furent informés par le rabbin Koretz qu'ils seraient déportés en Pologne où » ils trouveraient de nouveaux foyers » ; pour parfaire l'illusion, on leur distribua de la monnaie polonaise ! Jour après jour, ce furent les mêmes scènes où l'on voyait des groupes entiers envoyés à Auschwitz et Birkenau où ils furent exterminés.
43 850 juifs, soit 95% de la population furent déportés de Salonique en quelques mois. En octobre 44, l'île fut reprise par les Grecs et les Alliés.
2 000 juifs s'installèrent à Salonique après la guerre. De 2 000 en 1946, leur nombre tomba à 1 500 en 71, conséquence de l'immigration vers Israël et d'autres pays. Il ne restait plus que 2 synagogues ouvertes. En 1997, 1 000 juifs vivaient toujours à Salonique et une petite école juive était au service de la communauté.
Il faut remarquer que le taux de Juifs disparus dans la shoah est l'un des plus élevés d'Europe.
(dossier rédigé grâce au Musée Nahum Goldman de la Diaspora )